SEFTA Aek
Vieux Ténès 2007
Avec l'aide de Deramchi
Zine El Abidine El Hadj Mustapha
pour la frappe et la mise en ligne du texte
Si Abdelkader AFFANI et BEN M’HIRI
Résistance à l’oppression coloniale en année 1916
A ce propos et découlant de l’acharnement des autorités coloniales un drame tragique s’en est suivi, ces évènements eurent lieu, les premières années de la première guerre mondiale (1914-1918) à l’entrée d’un hiver particulièrement rude.
Pendant cette période, les forces de l’ordre colonial à Ténés eurent comme consigne de traquer sans pitié les malheureux bûcherons, considérés comme hors la loi.
Ceci parait il après une propagande d’origine mystérieuse, prétendant le déplacement dans les parages d’agents ennemis appartenant aux belligérants en conflit contre la France ; venus pousser les indigènes à la désobéissance et enfin au soulèvement armé.
Un jour au cours d’une randonnée dans les bois de la région, les gendarmes tombèrent nez à nez avec des bûcherons en pleine activité, dans le débitage du bois pour ravitailler le Vieux Ténés en combustible, seule ressource pour le chauffage et l’usage domestique.
Après les sommations d’usage, les bûcherons comme d’habitude s’enfuirent et s’éparpillèrent dans les bosquets d’arbres touffus, parmi ceux-ci il y en a un qui resta sur place face à son fagot de bois ficelé, sa hache entre les mains, un membre des agents de l’ordre, sans descendre du cheval s’approcha et se mit à lui asséner des coups à l’aide de sa cravache en nerf de bœuf. Celui-ci acculé, pour parer, se protégea des coups à l’aide de sa hache ; alors qu’un autre gendarme craignant le pire pour son collègue, épaula son fusil et tira abattant le pauvre malheureux.
Une fois, le crime accompli, ils s’en allèrent sans s’inquiéter outre mesure, du mourant entrain de se débattre.
Les autres bûcherons, de loin avaient suivi la scène; ils identifièrent parfaitement le criminel.
Après avoir emmené le cadavre à sa famille, ils révélèrent à un de ses frères nommé BEN M’HIRI, ces circonstances tragiques.
Celui-ci écouta calmement le récit, dans sa famille, connue pour son sens aigu de la justice, il ne manifesta aucun signe de contrariété, ni de mauvaise humeur.
Dans ces lieux, habités par les familles des bûcherons, les huttes (arundofesticoide) ou gourbis de torchis (boue et paille) sont les demeures courantes, éloignées les unes des autres, il n’est pas rare, que quelques uns de habitants soient en possession d’armes de chasse, pour se défendre le cas échéant et pratiquer le braconnage du petit gibier, destiné à la vente au marché.
Cependant, ses familiers, constatèrent un changement dans la manière d’être de BenMhiri, lui connaissant un caractère gai et enjoué, il devint taciturne. Il s’éloigna peu a peu du cercle de ses amis, craignant sans doute les discussions à venir, sa pensée était suffisamment préoccupée par ce qui vient de lui arriver.
D’ailleurs, pour éviter ce genre de fréquentation, il s’éloigna de sa famille et de ses proches, et se rapprocha de ses cousins du Vieux Ténés avec qui il avait plus d’affinités, et aussi l’occasion de rendre visite à «EMMA YEMMOUNA » la sage femme qui s’est occupée de sa venue au monde lors de l’accouchement de sa mère.
On peu dire, sans se tromper que « EMMA YEMMOUNA » cette vielle sage femme a aidé l’accouchement de tous les enfants de la cité et des environs, sans rétribution aucune, ni reconnaissance des services officiels.
C’est à elle, après l’accouchement d’initier les jeunes mamans à leur rôle ; elle prodiguait les soins, l’hygiène et les massages à l’huile d’olive des nouveaux nés et le lavage de leurs couches, durant la première semaine de son existence.
Le rôle éminemment social et humain, qui leur incomba, à elle et à sa fille « HANNA DRAMCHIA » sage femme, qui seconda sa mère, et prit sa suite à sa disparition, ne peut être estimé à sa juste valeur, sauf le souhait, d’être récompensées dans l’au-delà.
Elles s’occupaient des naissances, des décès de presque la totalité des femmes, les ablutions des mortes ; la couture et l’habillage du linceul, l’assistance à toutes les cérémonies auprès des lieux des saints de la cité (OUAADA, pluriel : OUAADI) les réjouissances familiales (mariages, pèlerinages etc.)
BEN M’HIRI et sa famille, furent parmi les humbles gens de bien qui, à chaque occasion n’ont jamais hésité à porter assistance à ces femmes de bien. Elles eurent tout le temps leur part comme faisant partie intégrante de leur famille.
Et à chaque occasion, cette tache était confiée à BEN M’HIRI qui transportait à « EMMA YEMMOUNA » de l’Ouled el arbi à la cité, la part qui lui était destinée.
Il n’était pas rare qu’à chaque fois, il resta plusieurs jours chez sa grand-mère « DJEDDATI » la vielle sage femme, c’est depuis, même durant ces jours de peine de la mort de son frère qu’il trouva refuge au Vieux Ténés chez EMMA YEMMOUNA .
Ce qui le tortura, en plus de la perte malheureuse du frère, c’est l’attitude des gendarmes, aucun signe de compassion de leur part, excuse ou même procédure à l’enquête habituelle auprès de sa famille.
Cela laissa supposer, que cet assassinat pour eux ne fut ni plus ni moins qu’un fait banal, sans importance, comme s’ils se sont débarrassés d’une bête malfaisante, qui a eu tort de s’être trouvée au mauvais endroit, au mauvais moment.
Ne sachant comment apaiser sa peine, il se lia d’amitié avec des jeunes de son age, aussi vindicatifs que lui, prêts à en découdre avec ce régime, hargneux, injuste envers les misérables indigènes.
Un groupe finit par se constituer, de plusieurs endroits du canton de Ténés, avec le perspective de récupérer les fusils de la population indigène, ramassés la veille de la déclaration, de la guerre (1914-1918), par les autorités craignant sans doute un soulèvement de leur part.
Ces jeunes, confièrent l’opération au brave « Si Abdelkader AFFANI » en compagnie d’un autre de «Ouled el arbi », ils se procurèrent l’empreinte de la serrure, remise au serrurier du village qui façonna une clef, une fois en leur possession, ils n’eurent aucune peine à récupérer (17) dix-sept fusils de chasse, dans une totale discrétion.
Ces armes destinées aux groupes, furent d’abord enfouies à (AIN S’KHOUNA), propriété de la famille « AFFANI », comprenant la terre de jardinage de l’entourage, ainsi qu’une parcelle de 12 hectares de forêt et terre de labours en pente, située à l’entrée du tunnel du chemin de fer de Ténés à Orléansville (CHLEF) jusqu’au sommet de la colline.
A partir de ce moment malgré l’alerte donnée par les autorités pour la recherche des auteurs du délit, plusieurs groupes se constituèrent, ayant chacun son objectif, et à qui les armes ne devaient être remises, qu’une fois le branle bas de combat apaise et la situation de venue calme.
« BEN M’HIRI », à ce moment là, n’avait qu’une idée en tète, venger l’assassinat de son jeune frère, pour cela, il lui fallait se rendre au douar, chez ses parents récupérer le fusil, lorsqu’il arriva chez lui, après cette si longue absence, sa mère et son père et tous les membres de sa famille, inquiets, dans l’ignorance totale de ce qu’il lui est advenu, le tourment dans lequel étaient plongés ses parents depuis la perte de leur fils, est venue s’ajouter, l’angoisse de la séparation avec l’aîné.
Comme, à son habitude, il trouva les paroles, dans ce genre de situation, pour les tranquilliser, en leur apportant des nouvelles de la famille du Vieux Ténés, surtout celles concernant EMMA YEMMOUNA sachant, qu’elle veillait sur son bien être comme, ou encore mieux que l’un de ses propres enfants.
Avant de se coucher le soir, il demanda à sa mère et son père de lui pardonner, les soucis qu’il leur occasionnait, et implora d’eux la bénédiction.
Bien avant l’aube dans l’obscurité il jeta un dernier regard sur sa famille et sortit du logis.
Le chien le suivit jusqu'à l’emplacement ou était caché le fusil, il le récupéra, l’accrocha à l’épaule et la cartouchière garnie à la ceinture, la bête se mit a lui sauter à la poitrine, de joie espérant une caresse, croyant partir à la chasse.
BEN M’HIRI le caressa alors qu’il lui léchait les mains, profitant de cet instant d’euphorie de l’animal il l’attacha solidement prés de sa niche, contourna le « GOURBI » et s’en alla vers son destin.
Pendant que les forces de l’ordre colonial, battaient tous les coins et les recoins à la recherche d’indices, les conduisant à la découverte des hors la loi, qui ont eu l’audace de s’accaparer des fusils à la barbe du gardiennage des locaux de la commune, lui, BEN M’HIRI après avoir mis en lieu sur son arme, dans la cité, continua avec assurance comme à son habitude, sa déambulation au vu et au su de tous, y compris les gendarmes,ce qui lui évita tout soupçon de leur part dans sa participation au vol des armes.
Cela ne l’empêcha pas de continuer la fréquentation, secrètement du confident avec lequel, il avait projeté l’assouvissement de sa vengeance.
C’est alors qu’une idée surgit dans leur esprit, organiser un guet-apens infaillible pour attirer les gendarmes et accomplir le châtiment que mérite l’assassin de son frère.
Le jour convenu, dans un bois pas loin du village, visible de Ténés ville, ou, depuis le début de la guerre, et surtout depuis le vol des armes, les forces de l’ordre étaient aux aguets de la caserne, surtout les indicateurs éparpillés dans la nature.
BEN M’HIRI avec son ami, après avoir bien repéré toutes les issues, allumèrent un feu étouffé qui vu de loin, ressemble à la fumée qui s’échappe de la « FRINA » feu de calcination du bois pour la fabrication du charbon (charbonnerie).
Les gendarmes avec l’armée étaient les seuls habilités à réprimer tout contrevenant, charbonnier, considéré hors la loi, avec l’utilisation des armes à feu en cas de besoin, les groupes, auteurs de l’assassinat du frère de BEN M’HIRI , après l’alerte se sont empressés vers le lieu repéré par les guetteurs, croyant avoir affaire aux charbonniers, malgré les précautions de sécurité, ils empruntèrent quand même l’itinéraire ou les attendait BEN M’HIRI , dés qu’ils arrivèrent à portée des tirs de fusil, BEN M’HIRI épaula et déchargea son arme sur le criminel, qui touché à la poitrine, tomba de cheval à terre.
Non content d’être enfin arrivé à venger la mort de son frère, BEN M’HIRI se mit à les injurier pendant sa retraite tout en tirant des coups de feu dans leur direction, leur faisant croire avoir affaire à un groupe important, les gendarmes, effectivement, après avoir installé leur mort, attaché sur sa monture, partirent à grande chevauchée, pour semble-t-il éviter le pire.
A partir de cet instant les autorités, sachant à qui ils avaient affaire, toutes les forces de sécurité furent mobilisées, avec la consigne, de poursuivre et prendre vivants les assaillants afin de découvrir selon eux, s’ils étaient en relation avec des supposés agents de l’étranger.
Ce fut peine perdue, malgré le réseau d’indicateurs mis à leur disposition, aucun indice positif n’est venu corroborer leur thèse.
Par contre, BEN M’HIRI, avec son compagnon, jouissant d’une aide totale de la part des habitants, soit par crainte de représailles, ou sympathisants en complète connaissances de cause, eurent le sentiment d’être dans le droit chemin, défendant une cause juste, et peut être, le mouvement allait faire tache d’huile et s’étendre à toute la région. Certains jeunes, proposèrent de se joindre à eux ils furent déconseillés pour le moment, par contre on fit appel à eux, en leur demandant de collecter des renseignements sur les mouvements des forces de l’ordre, certains ont été chargés de la fonction d’agents de liaison, en particulier le transport des vivres et les nouvelles, déposés à l’avance, jamais aux mêmes endroits. D’autres fois, cette mission était confiée aux marchands, dont l’itinéraire, pour se rendre aux souks correspondait aux endroits prévus, pour y déposer les paniers. Une de ces caches, se trouvait à « KAYCER » les gorges, prés de l’entrée du pont qui enjambe « OUED ALLALA », a la sortie du petit tunnel du chemin de fer, sur l’amas de rochers à gauche de la route et sur lequel végètent toujours, quelques arbres de lentisque et (ar Aar) tuya.
Les forces de l’ordre, n’étant arrivées à aucun indice leur facilitant la capture de BEN M’HIRI, ils passèrent de la phase passive, à la phase active, et commencèrent, comme toujours dans ces cas, la répression, les premières victimes furent parents de BEN M’HIRI, leur faisant subir un interrogatoire musclé ; et en opérant à la détention de son père à la caserne.
Quant à BEN M’HIRI et son acolyte, s’étant aperçus que leur coup de force avait été différemment interprété par les habitants, en particulier, les gens aisés, alors, pour donner un exemple aux indécis, les récalcitrants furent rançonnés avec cependant la répartition des gains récupérés, entre les plus démunis du village et des environs.
Une fois mises au courant, les forces de l’ordre, prises de rage, procédèrent à des arrestations massives et désordonnées dans l’espoir de soutirer quelques renseignements, par des brutalités, et quelques fois par des promesses de récompense.
Ces sévices, eurent quelques résultats puisqu’ils apprirent avec stupéfaction que BEN M’HIRI était accueilli tous les soirs au Vieux Ténès, mais par ou, ni chez qui, et qu’en outre son ravitaillement lui parvenait de la cité.
Des « SERSOURS » cavaliers de l’armée, appelés en renfort, entreprirent des recherches dans tout le canton de Ténés ; pas un douar « MECHTA » ou gourbis isolés ne furent épargnés. Des fouilles, des menaces et brutalités, les hommes les femmes et les jeunes enfants subirent les pires sévices, avec l’arrestation de tout individu douteux soupçonné a tort.
Les recherches s’orientèrent vers le Vieux Ténés, d’innombrables perquisitions, dans toutes les demeures, répétées à toute heure du jour et de la nuit, au point ou à plusieurs reprises ils passaient à proximité de son refuge sans jamais l’inquiéter, alors qu’en réalité, c’est chez EMMA YAMMOUNA la vielle sage femme, qu’il considérait à juste raison sa grand-mère, qu’il était hébergé.
Dans un recoin de la cour, il creusa une cache aménagée lui servant d’abri, la nuit, après, son introduction, l’issue était condamnée par un baquet en bois rempli d’eau, les gendarmes, fins liniers avaient des soupçons, lors de leurs nombreuses perquisitions, pour déceler le moindre indice, en particulier la nuit, ils rodaient autour du baquet, allant une fois jusqu'à ce que l’un d’eux se soit assis sur le rebord , sans remarquer aucun signe de panique chez la vielle sage femme.
Cette scène, dans la cité était répétée presque toutes les nuits, dans les demeures, dont les soupçons pesaient sur leurs occupants. Ils étaient groupés par douzaine et conduits de force à la caserne, les mères, les épouses souvent se rendaient à la caserne pour se renseigner sur le sort de leurs parents, certaines étaient arrêtées et parfois violées, elles subissaient le même sort que les hommes.
Que ce soit au village, ou dans les zones rurales, la tension exercée par les forces de l’ordre, devint intenable, au point ou les activités professionnelles, dans les champs, au port, à la ville, pour pourvoir a leur substance cessèrent, paralysant du coup la vie économique de toute la contrée.
Le régime colonial, depuis le délit commis à la mairie, la disparition des armes, jusqu'à présent introuvables, l’atteinte préméditée à la sécurité des gendarmes, entraînant la mort de l’un d’entre eux, l’attaque supposée par un groupe armé sous la conduite de BEN M’HIRI, et de surcroît ayant utilisé les armes du vol. ce qui ne s’est jamais passé, depuis la pacification et la résistance de BOUMAZA à Ténés et le Dahra.
Ayant contrarié dangereusement, à l’époque les plans, des généraux de l’armée d’occupation française, pareils évènements, n’avaient eu lieu, ni pressentis dans la région. La thèse, vaguement évoquée, de l’aide des agents étrangers ennemis, prit de plus en plus consistance jusqu'à pousser les autorités, de taxer les habitants du Vieux Ténés, dans leur intégralité d’anti français, épithète qui persista jusqu'à la révolution de 1954.
Alors, qu’en réalité, depuis l’invasion coloniale en 1843, les troupes françaises, fortes de la supériorité de leurs armes, des plans de conquête mûrement réfléchis, malgré une résistance farouche des populations avec BOUMAZA second, de « l’émir ABDELKADER » à leur tête dans la région , n’eurent aucune peine a prendre le dessus.
Alors commença l’exode des populations vaincues, chassées par l’expropriation de leur terre qui était la seule ressource pour leur existence, après les fameuses enfumades perpétrées dans le Dahra, ou de ceux qui en restaient.
La puissance coloniale, s’appliqua à mettre en œuvre sa politique machiavélique de peuplement, à savoir attribuer au flux organisé des européens les terres utiles au détriment des propriétaires indigènes.
Les vaincus chassés, furent refoulés sur des terres schisteuses de montagne, ingrates à toute mise en valeur, couvertes de forets et maquis inextricables, sans eau, sans aucune aide compensatoire ou dédommagement du délit qu’ils ont subi.
A cette période, la seule ressource disponible, faite de l’exploitation de la forêt pour construire des refuges précaires, faire paître leur maigre cheptel de caprins, et utiliser le bois et le charbon comme matière d’échange avec les citadins de la « MEDINA » du Vieux Ténés.
Il faut dire, que ces misérables ressources ne leur étaient guère profitables, puisque les gardes forestiers s’acharnaient sur eux, interdisant l’exploitation de la forêt, sous peine de sanctions pécuniaires impossibles à honorer.
Reconverties, en peines d’emprisonnement, quant aux quelques chèvres, menées par les petits garçons et filles du douar, paître dans les lits des ruisseaux asséchés, à l’orée de la forêt c’est la fourrière avec tout ce qui s’en suit comme actions en justice, pour le remboursement des frais ou la vente au enchères et souvent l’emprisonnement des parents.
Cette manœuvre à laquelle les colonialistes eurent recours ; c’était pour arriver à leur fin, éloigner ces intrus condamnés à l’extermination par la faim, les sévices et les impôts.
Alors il ne leur resta que l’asservissement chez les colons qui s’approprièrent leurs propres terres, ou s’engager dans l’armée française, pour la conquête d’autres colonies, le Maroc, la Syrie, l’extrême Orient, l’Indochine, le Tonkin, le Vietnam etc. Parfois comme supplétifs pour la répression de leurs propres frères dans la misère comme eux, ou carrément leur mobilisation, pour participer a la guerre (1914-1918), qui souleva la réprobation. « L’émir KHALED » petit fils de « l’émir ABDELKADER » officier de cette armée, en voyant le carnage que subissaient ses frère et corréligionnaires contre leur volonté au front de la Marne.
Avec tout ce que subissaient les algériens, depuis l’occupation coloniale française de leur pays ; l’application des lois iniques successives à leur encontre, suffisaient amplement, s’il en était besoin pour justifier leur révolte et enfin le soulèvement, sans attendre l’aide étrangère qu’on supposait leur être apportée.
La situation devint de plus en plus intenable pour les citadins du Vieux Ténès et les ruraux de «Ouled El Arbi », alors que BEN M’HIRI, aidé de son coéquipier continuait à narguer les services de l’ordre. En poursuivant ses actions de justicier bienfaiteur, malgré la surveillance, jour et nuit du moindre mouvement d’entrée et sortie dans la cité. Les gendarmes installés aux lieux de surveillance supposés infaillibles aidés en cela par des indicateurs ne furent d’aucun effet.
BEN M’HIRI, au coucher du soleil, entrait par ou il voulait, par des passages connus de lui seul, s’invitait au repas du soir chez presque tous les habitants, qui avec précautions lui conseillaient les voies à suivre pour échapper à la traque des guetteurs qui pourtant changeaient d’endroit tous les soirs.
Les forces de l’ordre, n’ayant pu obtenir aucun renseignement des habitants qui continuaient à nier toute implication dans les agissements de BEN M’ HIRI, eurent une idée diabolique pour arriver à sa capture mort ou vif.
Dans le plus grand secret, des contacts eurent lieux avec les parents proches de la cité, au courant des habitudes de BEN M’HIRI, en leur faisant miroiter des récompenses, l’impunité et surtout le soulagement de la population de la gène dans laquelle, elle vivait depuis le début de ces évènements.
Les colonialistes étaient beaucoup plus inquiets de la tournure prise par cette malheureuse aventure, n’ayant surtout aucune idée sur la destinée des armes dérobées, craignant un soulèvement des populations de la cité et des environs en qui ils n’avaient aucune confiance depuis BOUMAZA et en particulier depuis le début de la guerre (1914-1918) dont l’issue en fait était incertaine au cours de ces années (1915-1916).
Les groupes constitués pour entrer en action, dés la distribution des fusils, restèrent en latence, les armes étaient cachées ainsi que les auteurs du délit, depuis le renforcement des gendarmes par les Sersours (cavalerie) » en mouvement permanent dans la canton de Ténés.
BEN M’HIRI conscient de la situation dangereuse, donna ordre à son compagnon de rester à l’écart, de s’abstenir de tout contact ou action pouvant nuire à sa sécurité, tous les soirs à l’heure du (Maghreb) il s’approvisionnait en vivres et boisson, juste de quoi s’alimenter sans jamais laisser de traces susceptibles d’orienter les gardes vers sa découverte.
Ses parents du Vieux Ténés, alléchés par la promesse qu’on leur a fait miroiter, en particulier l’immunité et le pardon sur l’aide sans faille qu’ils avaient apportée a leur neveu, et cela malgré la pression et le harcèlement sans cesse des gendarmes.
Pour BEN M’HIRI ses parents constituaient le dernier et seul soutien dans ces moments dangereux et difficiles, son ravitaillement passait entre leurs mains, ainsi que sa sécurité, ils restèrent entre tous les seuls en courant des passages secrets pour son entrée et sortie dans la cité et en particulier les lieux de rencontre.
Ses parents, un jour, en accord avec les gendarmes, décidèrent de mettre fin à cette aventure, avant d’arriver à l’irréparable, prévu en cas de refus de leur part.
L’encerclement du village nuit et jour, minage du pourtours de la cité, et enfin lancer les zouaves a l’attaque de toutes les maisons, pour la fouille des lieux et celle corporelle des hommes et des femmes avec la pratique de toutes sortes de sévices dans de pareils cas d’insubordination.
Il fut convenu de placer, dans le plus grand secret des sentinelles armées prêtes à l’action, au passage qui lui sera conseillé par ses parents, un soir, le plan prévu, fut mis à exécution, son parent, après lui avoir remis le ravitaillement, lui déconseilla d’emprunter les passages habituels et lui désigna, celui ou était dressé le guet-apens, lui faisant croire la garantie qu’il est en toute sécurité.
BEN M’HIRI, en toute confiance, après le salut, se dirigea sur le chemin, vers « BORDJ EL GHOULA » sans se douter du traquenard qu’on lui avait dressé. A peine parvenu à l’endroit, pressenti, le maniement et le verrouillage des culasses des fusils, de toutes parts, lui faisait comprendre qu’il était encerclé, on cria, halte là BEN M’HIRI et rends toi ! Voulant sans doute le prendre vivant, mais lui très prompt décrocha, et prit son fusil, il s’apprêtait à tirer lorsque des coups de feu crépitèrent de tous les cotés, alors touché de plusieurs projectiles, il s’effondra sur le sol en criant « ALLAH AKBAR ».
Après la fusillade, le village était dans l’obscurité totale, aucun signe de vie ne se manifesta, les soldats en silence, suivis de brancardiers, transportant BEN M’HIRI sortirent de la cité, qui encore une fois fut meurtrie.
La lendemain, les forces de l’ordre, après les vérifications habituelles, identifièrent BEN M’HIRI, cependant, ils s’aperçurent que son fusil ne faisait pas partie du lot dérobé à la mairie, l’acharnement mis à la poursuite du fugitif s’avéra improductif, l’énigme sur le sort des fusils et les auteurs du délit resta insoluble.
Ils adoptèrent, cette fois-ci, un plan d’attaque diamétralement opposé à celui qui leur coûta tant de peines, et la crainte d’être confrontés à une sédition pouvant aboutir à un soulèvement généralisé, imprévisible et au dessus de leurs forces disponibles à ce moment-là.
Dans une grande discrétion, BEN M’HIRI fut enterré de nuit par les soldats dans le carré des tombes de militaires musulmans d’où sa tombe ne fut jamais découverte, laissant planer le doute sur l’issue de l’opération, organisée soi-disant pour sa capture.
Le Vieux Ténés et Ouled el Arbi, dorénavant classés zones dangereuses, furent placés sous surveillance permanente, des enquêtes secrètes furent menées auprès des amis, parents et familiers du défunt. Parmi ceux-ci, il y avait son compagnon soupçonné sans avoir la certitude, ni de la gendarmerie ou des indicateurs pour apporter la preuve de sa participation, sauf un indice vestimentaire.
Il portait un gilet semblable à celui reconnu par les indicateurs appartenant à BEN M’HIRI, ce qui lui a valu l’arrestation et sa remise à la justice pour être jugé.
De tribunal, en tribunal, bien défendu par son avocat, son procès aboutit à Alger, ou malgré le réquisitoire du procureur, pour sa condamnation à cause des soupçons relatifs au gilet, a cet instant, bien conseillé par son défenseur, le fugitif eu une idée géniale, il demanda la parole, ce qu’on lui accorda sans réserve.
En arabe parlé, traduit par l’interprète judiciaire, il demanda au procureur, en lui montrant le gilet pièce a conviction, « si l’usine qui l’a fabriqué, n’avait confectionné qu’un seul spécimen vendu à BEN M’HIRI, alors, dans ces conditions monsieur le procureur je vous concède volontiers, que vous avez raison, ce gilet pièce unique ayant appartenu à BEN M’HIRI et celui que je portait lors de mon arrestation, et ne peut être que celui que l’on veut me faire endosser. Or, il se trouve, que des centaines, identiques à cette pièce on été vendus, et que tous ceux qui s’en habillent, peuvent être comme vous ou moi accusés alors je ne vois pas ou est la distinction ».
Lorsqu’on passa à la plaidoirie, l’avocat, pour accentuer d’avantage le raisonnement de l’accusé, s’est contenté par un geste significatif signifier qu’il n’avait rien a ajouter à ce qu’avait déclaré son client.
Les magistrats se sont retirés de la salle, pour délibérer, mais contrairement à la coutume, la durée de la délibération fut très brève, à leur retour dans la salle, l’accusé debout, attendait avec anxiété, dans un silence absolu, la lecture de la sentence, on lui annonça reconnaître sa non culpabilité et le disculper totalement.
L’accusé, une fois, le verdict lu par l’interprète, ne manifesta aucune joie, sauf qu’il s’exclama toujours en arabe «yahia el adl » (vive la justice).
A sa libération, il revint dans son douar vivre sa vie le plus normalement du monde au sein de ses parents et ses proches, ce n’est enfin, que quelques temps avant sa mort, dans les années 1980, l’Algérie étant indépendante, que chahuté par les jeunes du Vieux Ténés ou il se rendait quotidiennement, il finit par se libérer, de son secret, il leur apprit qu’au moment ou BEN M’HIRI , lui envoya l’ordre de rester à l’écart , le gilet lui fut remis pour le convaincre, et qu’en effet, il avait appartenu à son ami BEN M’HIRI , et déclara avoir participé a l’aventure.
Les autorités colonialistes, pour les armes recherchées, eurent encore recours au même scénario mis en pratique pour BEN M’HIRI, dans le plus grand secret, des contacts par personnes interposées finirent enfin par convaincre le compagnon et confident de SI ABDELKADER AFFANI.
Ce compagnon, effectivement, ainsi que d’autres, avaient participé à l’opération, pour les autorités, ce fut chose simple : contre la promesse de n’engager aucune poursuite à son encontre, et le placement en qualité d’ouvrier agricole permanent chez un colon de la région suffit à le convaincre.
Depuis la disparition de BEN M’HIRI, la crainte d’être arrêté et subir les pires sévices, l’avait déjà secoué et il attendait dans l’angoisse le moment de son interpellation, or ce fut pour lui la délivrance qu’on lui a offerte.
Il faut dire aussi, que son rôle dans l’affaire des armes était tout à fait insignifiant, ce n’est qu’une fors les armes hors de la ville, SI ABDELKADER AFFANI lui confia une partie à transporter jusqu'à AIN S’KHOUNA pour être dissimulées.
Il faut quand même reconnaître que SI ABDELKADER AFFANI eut une attitude exemplaire, ne cherchant jamais à recourir à la clandestinité, non par bravade, mais simplement par la démonstration de maîtrise de soi.
Les gendarmes, échaudés depuis le guet-apens, ne vinrent pas au Vieux Ténés, l’arrêter, une simple citation à comparaître leur suffit, il se présenta de son propre gré aux services de la gendarmerie, après l’interrogatoire, il reconnut les faits.
Cependant il lui faut reconnaître l’audace et l’aplomb avec lesquels, il n’incrimina personne d’autre que lui, se chargeant à outrance de toute l’affaire.
D’ailleurs, durant toute l’enquête, la comparution chez le juge d’instruction et pendant la procédure, il ne changea pas sa position et maintiendra jusqu’au bout sa complète responsabilité.
Pourtant, l’avocat chargé de sa défense a bien tenté de le persuader pour la dénonciation de ses complices, afin, lui dit il d’alléger sa peine.
Son père, dans cette affaire, afin de sauver son fils de la peine capitale, dépensa une somme colossale, allant jusqu'à vendre ses biens, la terre et AIN S’KHOUNA une parcelle de terre de prés de douze hectares, au dessus de la voie ferrée et hypothéquer la maison d’habitation pour obtenir un prêt du charcutier de Ténés
«Mr LANGENDORF ».
A l’instruction, ainsi qu’au jugement, on a bien essayé de lui faire reconnaître la culpabilité d’autres éléments, non pour le décharger, mais beaucoup plus pour lui faire dire ce que l’on a toujours soupçonné, c'est-à-dire l’incitation des habitants de la région au soulèvement insurrectionnel.
D’ailleurs dans son réquisitoire, le procureur général a présenté cet évènement, comme une atteinte à la souveraineté nationale, vol d’armes, organisation de bandes, avec l’aide de forces étrangères en vue de s’en prendre à l’intégrité nationale en période de guerre et aux forces armées de la nation, ce qui le rend passible de la cour martiale, par conséquent son jugement relèverait de la compétence du tribunal militaire, et mériterait pour ce forfait, la peine capitale.
Le bâtonnier, secondé par deux avocats, constitués par le père de SI ABDELKADER AFFANI pour la défense de son fils, en préliminaire de la plaidoirie demanda de décharger son client des accusations portées contre lui, et maintenir le procès exclusivement de la compétence des juridictions civiles, jusqu'à l’instruction, il n’a jamais été question de révolte, soulèvement ou autre chose de ce genre.
Selon la procédure, après enquête à plusieurs points de vues, il y a effectivement vol d’armes de chasse appartenant à des personnes connues au Vieux Ténés, pendant l’enquête, elles ont été entendues et déclaré avoir été contactées par l’inculpé et qu’ il leur avait proposé de leur rendre leurs armes, ce qu’elles ont refusé, en même temps ils lui ont conseillé de rendre les fusils, se constituer prisonnier, reconnaître la faute, pour peut être bénéficier lors du jugement d’une réduction de peine.
Le bâtonnier, et les avocats de la défense demandèrent à la cour d’assise, l’autorisation de présenter les propriétaires des fusils en qualité de témoins à décharge. Après consultation des magistrats, le président n’ayant pas jugé nécessaire la présence des témoins, d’ailleurs cités à l’instruction, rejeta cette requête et dispensa les témoins de se présenter au procès.
Le président de la cour d’assise, par l’intermédiaire de l’interprète demanda à l’inculpé s’il avait quelque chose a ajouter, susceptible de conforter la plaidoirie de l’avocat, celui-ci se contenta de s’en remettre à ses défenseurs et dit avoir confiance en la justice. Le lendemain, a la reprise du procès, après les délibérations et la consultation des membres du jury, SI ABDELKADER AFFANI fut condamné a cinq (5) ans de travaux forcés, de 1917 à 1922 période qu’il passa à Cayenne à la Guyane française.
Il revint au Vieux Ténés en 1922, et se fit recruter, pour rembourser la dette de l’hypothèque de la maison sur le bateau appelé « la balancelle » pour le transport du sable de Boucheghal - plage au port de Ténés.
L’employeur, ayant constaté sa force et son ardeur au travail, lui laissa le soin de constituer son équipe, avec comme second « SI ALI TERGHINI » son voisin au Vieux Ténés.
SI ABDELKADER AFFANI, après avoir payé l’hypothèque consacra toute sa vie au travail de la terre sur sa propriété « EL BAHRI » située au nord de sa maison au Vieux Ténés.
Il s’occupa, dans son four construit de ses mains à la cuisson du pain des habitants du village qui l’apprécièrent beaucoup.
Il aida ses frères et sœurs à s’établir dans la vie et éleva dignement ses enfants dans l’honneur et le respect de tous jusqu’à sa mort survenue le 30/01/1946.
Il est né le mois de Mars 1887, il est décédé à l’age de 59 ans le 30 Janvier1946.
Les évènements qui eurent lieu en cette période, des premières années de la guerre 1914-1918 et les causes de leur avènement ont été ressentis dans presque toute l’Algérie.
Certaines régions épargnées jusqu’alors de la circonscription ont pour la première fois été recensées et dans chaque famille, l’état eu recours à la mobilisation d’office en prélevant un jeune en age du service militaire.
Les fellahs ont été obligés de céder leur récolte à la vente aux docks, soit une certaine quantité de céréales, de leur propre réserve alimentaire, afin de résorber le déficit de la France engagée dans l’effort de guerre et la mobilisation de la main d’œuvre chez les paysans et agriculteurs.
Les élevages du bétail de bovins et particulièrement d’ovins furent mis à contribution, les autorités se sont emparées de grandes quantités allant presque jusqu’à décimer les cheptels d’ovins contre une alimentation dérisoire en remboursement.
Tous ces évènements perturbèrent les habitudes de larges couches du peuple algérien, ils ont été les causes de mécontentement et de résistance, ferment des futures organisations qui entrèrent en lutte pour arracher peu a peu des droits.
Sans oublier, la première intervention de « l’Emir KHALED » reprouvant catégoriquement l’utilisation des jeunes algériens comme chaire à canon dans leur guerre.
Cette interrogation, il faut le dire, a trouvé une oreille attentive chez les jeunes algériens musulmans intellectuels francisants et arabisants parmi les oulémas qui furent les précurseurs du mouvement nationaliste et enfin, aboutir à la guerre de libération de l’Algérie.