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Si M'hamed Kouadri

SI M'HAMED KOUADRI

Si M'HAMMED KOUADRI

 

C'est un souvenir bien lointain, durant ma tendre jeunesse, qui me rappelle celui que l'on appelait avec respect "tabib el Arbi" ou bien "le médecin arabe", Si M'Hamed Kouadri, parce que c'est de lui qu'il s'agit était un infirmier et adjoint technique de la sante. Je me rappelle de lui vers les dernières années de sa vie et je pense qu'il était a ce moment-la a la retraite, il me semble. Il était de grande taille, habille toujours d'un costume local c'est a dire une veste avec un pantalon arabe, ample et plisse, toujours coiffe d'un fez ou "chachiat stamboul", il impressionnait par son calme, sa discrétion, son sérieux et répondait avec gentillesse lorsqu'on le saluait, nous les petits gamins que nous étions et cela nous rendait tellement heureux nous qui n'espérions point de réponse a nos saluts au vu de la posture et de la stature de l'homme. C'était un Monsieur !

Ce dont je me rappelle et qui me frappait était de le voir souvent marcher le long de la plage et aussi vers le soir se tenir debout près des remparts regardant la mer. On m'expliqua bien plus tard qu'il était un mordu de la pèche. Cela ne m'a pas tellement convaincu, car beaucoup de mordus de pèche a la ligne ne se baladaient pas au bord de la plage comme lui.

Plus tard, en voulant, dans le cadre du lancement d'un bulletin de la section de la JFLN (jeunesse du Fln), nouvellement créée a Ténès (années 1964-1965), avec l'idée de faire connaitre les grands personnages de la ville, j'ai appris que Si M’Hamed Kouadri était poète et qu'il avait reçu beaucoup de distinctions dans le cadre de ses activités littéraires. J'avais alors fait appel a son fils Marwane qui était un ami et copain de classe au cours complémentaire de Ténès. Il m'avait alors remis avec promesse express de les lui rendre, les fascicules ou étaient repris certains de ses poèmes, c'était l'époque de la ronéo et il a fallu réécrire et faire tirer un a un les poèmes. Je ne me rappelle pas exactement le nom de la maison d'édition, mais je me rappelle qu'il était fait état d'un bref parcours de la vie du poète et les prix qu'il avait reçus et même d'une distinction du ministre de l'instruction publique de cette période. Un poème m'avait impressionne alors, et jusqu'a ce jour je reste subjugue par ses vers qui apportent un éclairage, peut-être, sur les promenades du poète sur la plage.

Je vous livre ce poème en souvenir de ce grand Monsieur de Ténès qu'était Si M'Hamed Kouadri. 

 

La Mer

 

La Mer ! Ses horizons clairs ou voilés de brume,
Ses flots retentissants frangés du blanche écume
Sans cesse en mouvement.

Poème fascinant des eaux éblouissantes,
Etincelant concert des vagues bondissantes :
Douceur, enchantement !

 

La Mer ! Ruissellement d'azur et de lumière
Et berceau de Vénus, des Beautés la première,
L'étoile des beaux soirs

Qui font fleurir soudain des champs de violettes,
Tandis qu'à l'Occident fument les cassolettes
Des divins encensoirs

 

La mer ! Ensorceleuse aux frais colliers de perle,
Qui susurre à la brise et frissonne ou déferle
Sur le sable doré.

Déesse sans pitié dont le culte est un leurre
Car j'aimais la perfide et c'est pourquoi je pleure
Un enfant adoré !

 

Non, tu ne comprends pas l'âpre douleur d'un père
Que tu vois sangloter et qui se désespère
D'avoir perdu son fils,

Qui vient vers toi les bras ouverts, sans méfiance,
Qui représentait tout : la joie et l'espérance,
Au coeur pur comme un lys !

 

Ceux qui me voient errer sombre, de long en large
Croient que je me promène ou contemple le large
Et ne comprennent pas

Que je suis triste et songe à ce qui fut la place
De ses pieds sur le sable et ne vois nulle trace
Empreinte de ses pas !

 

Irrésistiblement je reviens sur la grève
Et je revois toujours cet enfant comme en rêve
Mon pauvre tout petit !

Je ne reverrai plus hélas ! Ton doux visage,
Déjà si sérieux, Toi, si gentil, si sage,
Que la mer engloutit !

 

Depuis, bien des printemps ont refleuri les roses,
Les jasmins, les lilas, les lys, les lauriers-roses.
Jusqu'au coeur de l'été.

Au calme cimetière où pèse un lourd silence,
Sous les verts oliviers dont l'ombre se balance,
Dors pour l'Eternité.

 

Tu n'entends plus la voix berceuse de sirène
Qui dans le soir se fait tendre et plaintive et traîne
Ses longs sanglots : la Mer !

Par Toi j'ai caressé l'orgueil de me survivre,
Mais je pleure en tournant les feuillets de mon livre
Et mon pain est amer !

 

M'hamed KOUADRI

 

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